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Luc 17 – Le récit des 10 lépreux A l'occasion de la Fête des Réfugiés du 21 juin 2009 "1 Alors qu'il se rendait à Jérusalem, Jésus passa entre la Samarie et la Galilée. 12 Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils se tinrent à distance 13 et se mirent à lui dire: «Jésus, maître, aie pitié de nous!» 14 Lorsqu'il les vit, Jésus leur dit: «Allez vous montrer aux prêtres.» Pendant qu'ils y allaient, ils furent guéris. 15 L'un d'eux, se voyant guéri, revint sur ses pas en rendant gloire à Dieu à haute voix. 16 Il tomba le visage contre terre aux pieds de Jésus et le remercia. C'était un Samaritain. 17 Jésus prit la parole et dit: «Les dix n'ont-ils pas été guéris? Et les neuf autres, où sont-ils? 18 Ne s'est-il trouvé que cet étranger pour revenir et rendre gloire à Dieu?» 19 Puis il lui dit: «Lève-toi, vas-y, ta foi t'a sauvé.» Introduction En cette Journée des Réfugiés, nous faisons acte de mémoire en rappelant ce que nos parents et nous-mêmes avons vécu lorsque nous avons dû braver mille dangers pour partir à la recherche d’une vie meilleure. C’est aussi l’occasion d’annoncer le message libérateur de l’Evangile de Jésus que nous rapportent les auteurs de la Bible. Nous allons le faire ensemble au travers du récit des 10 lépreux de l’Evangile selon Luc. 1.- Quelques observations liminaires : être lépreux, être Samaritain au temps de Jésus, et lieu où se déroule la scène •La lèpre est une maladie grave qui attaque la peau. Au temps de Jésus, le lépreux est exclu de la communauté. Lorsqu’on constate qu’une personne a de la lèpre, on fait venir un prêtre qui doit déclarer le malade lépreux et l’isoler du peuple. Le malade a le devoir de vivre dès lors à l’écart et de signaler son état par son vêtement ou par des cris. Il est mort à la communauté et le rituel d’isolement ressemble au rituel funéraire. S’il y a une guérison, on fait aussi intervenir le prêtre qui, au travers d’un rite de purification, déclare que l’individu est devenu pure et qu’il peut être réintégré, resocialisé dans la communauté. •Le Samaritain, est, au temps de Jésus, une personne méprisée par les Juifs qui les considèrent comme des étrangers, des hérétiques. Il y a des raisons liées, d’une part, à l’origine ethnique : les Samaritains sont perçus comme un mélange de plusieurs peuples dont certains ont été amenés par les Assyriens qui ont conquis le pays. D’autre part, il y a des raisons d’ordre religieux. Les Juifs considèrent que les Samaritains ne prient pas le même Dieu qu’eux – bien que le samaritanisme soit considéré comme une branche du judaïsme. •Le récit que l’Evangéliste nous rapporte se situe à la frontière entre la Samarie et la Judée. La personne qui veut se rendre de Galilée à Jérusalem (Judée) devait, pour emprunter le chemin le plus commode, passer par la Samarie. La scène rapportée par le récit se situe déjà en territoire juif, car comme on le verra plus tard, il y a, parmi les 10 lépreux, 9 juifs. 2.- La guérison des dix lépreux : un récit des miracles En racontant le miracle de la guérison des dix lépreux, l’auteur de l’Evangile fait plus que de rapporter un fait merveilleux du passé. La lèpre est un mal qui enferme l’individu. La lèpre fait souffrir une personne dans son corps. La lèpre l’exclut socialement. La lèpre obscurcit l’horizon de la personne qu’elle frappe : son avenir est bien sombre à cause de la mort qui l’attend. Le récit de miracle nous dit que Dieu peut délivrer un individu de toute limite, qu’elle soit physique, économique, psychique, sociale ou encore spirituelle. Si on regarde bien, le geste de Jésus dans le récit des 10 lépreux n’a rien de spectaculaire. Peut-être que le chiffre 10, qui signifie beaucoup, donne une indication sur la puissance de Jésus. Mais, au fond, le texte reste très sobre. Les dix lépreux disent « Jésus, maître, aie pitié de nous ! ». Lorsque Jésus les voit, il leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres ». Il ne les a même pas touchés. On est loin des effusions de lumières accompagnées d’effets sonores d’un film tout droit sorti d’Hollywood. La merveille, le miracle ici est que Dieu « vient créer du possible, là où l’humain ne voit pas d’issue et ne peut rien. » (Daniel Marguerat). Solidaires dans leur épreuve, les dix lépreux sont partis à la rencontre de Jésus. Dans leur maladie, il n’y a pas de distinctions selon la position sociale, l’origine ethnique. Ils croient au pouvoir de guérison. La loi leur impose de se tenir à distance. C’est pourquoi, de loin, ils lui demandent, ensemble, de prendre pitié d’eux. Les voyant avec un regard empreint de compassion, Jésus teste leur foi en son pouvoir en les envoyant devant les prêtres, avant leur guérison. Ils font ce qu’il leur demandent. En chemin, ils sont guéris. Leur foi les a guéris. Le texte pourrait se terminer ici. Et on pourrait conclure en disant que dans des situations de souffrance, de détresse, d’angoisse, lorsqu’on se trouve dans une impasse, notre Dieu est le Dieu des possibles qui délivre, qui ouvre des chemins, qui nous sort de l’exclusion. Or, le récit va plus loin. Et c’est là qu’on perçoit son intérêt pour notre Journée des Réfugiés. Des dix ex-lépreux, se détache un personnage qui va donner au texte une toute autre tournure. 3.- Le salut du lépreux samaritain Comme un effet de zoom, l’auteur du récit attire notre attention sur une personne marquée par une double exclusion. L’individu est exclu à cause de sa lèpre. Cela on le sait. Il en est guéri. L’individu est exclu à cause de son origine samaritaine. Cela laisse penser que cet individu a dû quitter la Samarie, franchir les frontières, prendre le risque de la condition d’étranger, pour partir à la recherche d’une guérison, d’une vie meilleure. A la différence des neuf autres, il a dû perdre beaucoup dans l’espoir d’une autre vie. Comme beaucoup d’entre nous aujourd’hui. Le récit décrit de manière subtile son comportement après la guérison : •il se voit guéri, •il revient sur ses pas, •il rend gloire à Dieu à haute voix, •il tombe le visage contre terre aux pieds de Jésus, •et il remercie Jésus Comment Jésus a-t-il réagi ? D’abord par trois questions à l’attention non pas du Samaritain, mais à tous les auditeurs et lecteurs (François Bovon, p. 137). Puis il s’est adressé au Samaritain pour lui dire : « Lève toi et marche. Ta foi t’a sauvé ». Les 10 lépreux ont demandé à être guéris de la lèpre. Leur supplication a été exaucée. Mais pour l’un d’entre eux, une deuxième rencontre avec Jésus va bouleverser le cours du récit et lui donner une signification plus profonde. Jésus était juif. Par conséquent, on s’attend à ce que des 10 lépreux guéris, ceux issus du même peuple que lui rendent gloire à Dieu et lui expriment leur gratitude. Mais tel n’a pas été le cas. A y regarder de plus près, les questions formulées par Jésus expriment aussi une certaine ‘déception’ de sa part au sujet de l’absence des 9. Ainsi, au lieu des Juifs, ce fut un Samaritain, un étranger. Celui-ci a été non seulement guéri, mais également sauvé. Sauvé, malgré sa condition d’étranger. Eh bien, voyez-vous, la bonne nouvelle de l’Evangile, c’est aussi cela. L’origine ethnique, la nationalité peuvent devenir un handicap, une source d’exclusion, tout comme la lèpre. La lèpre attaque la peau. De nos jours, Dieu sait si la couleur de la peau prend une importance démesurée. On juge, on dévisage, on disqualifie une personne rien qu’en voyant la couleur de sa peau. Pour briser ces limites, ces contraintes, ces barrières, Jésus n’offre pas une nouvelle nationalité, une nouvelle origine ethnique au Samaritain, une nouvelle peau – si on peut s’exprimer ainsi. Il aurait pu provoquer un autre miracle et faire du Samaritain un Juif… Non, Jésus a fait mieux. En disant : « Lève-toi et marche. Ta foi t’a sauvé », il a fait du Samaritain un enfant de Dieu. Être réconcilié avec Dieu, être son enfant, c’est cela être sauvé. Devenir un enfant de Dieu quelle que soit notre condition. Lépreux ou guéri. Etranger ou non. Faire partie de la communauté des sauvés, avoir pour frères et sœurs les autres enfants de Dieu. Voilà ce que Jésus a offert au Samaritain. Ce don-là, il est aussi pour toi et pour moi. Lorsqu’une personne est guérie de la lèpre, par un rituel, le prêtre le réintègre à la société. Ce chemin-là, les neuf autres lépreux l’ont emprunté. Mais Jésus, que Dieu a élevé en qualité de Grand Prêtre, a par son salut réintégré le Samaritain dans la communauté des enfants de Dieu. Et les choses ne s’arrêtent pas là. Les membres de cette communauté de sauvés sont, à leur tour, appelés à imiter leur ami, leur frère Jésus, faire comme lui. Partir à la rencontre des lépreux de son temps, des exclus, des rejetés de la société, des requérants d’asile, des sans-papiers pour leur apporter le message de libération et leur témoigner de la présence dans ce monde du Dieu des possibles. Partager avec eux un peu de son temps. Partager avec eux un peu de ses biens. Leur faire bénéficier un peu de ses compétences. Le pasteur Nguyen, qui a été rappelé à Dieu il y a quelques semaines, a emprunté ce chemin, avec sa femme. Tous deux, en imitation de Jésus, sont partis à la rencontre des lépreux. Ils les ont aidés et leur ont annoncé la Bonne Nouvelle de l’Evangile. Ils ont pris à cœur de venir en aide aux étrangers, aux persécutés. Puisse chacun de nous emboîter, comme le pasteur Nguyen et son épouse, les pas de notre Sauveur Jésus. C’est le vœu que je forme à l’occasion de cette Journée des Réfugiés. Amen 21 juin 2009, msn
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